Union Européenne / Australie : Signature d'un accord de libre-échange

Union Européenne / Australie : Signature d'un accord de libre-échange

Point au 26 mars 2026

 

En bref

Le 24 mars 2026, après huit ans de négociations, marquées par une rupture des négociations en octobre 2023, l’Union européenne et l’Australie ont finalement signé un accord de libre‑échange.

Cet accord remplace ainsi le partenariat économique UE-Australie mis en place en 2008.

Les organisations de producteurs, des deux côtés, dénoncent un compromis jugé insuffisant.

Les grands points de l’accord UE/Australie :

  • Suppression des droits de douane sur la quasi-totalité des exportations européennes de biens vers l’Australie.
  • L’Union européenne supprimera ou réduira, quant à elle, fortement la plupart des droits de douane sur les produits australiens exportés vers l’UE.
  • Création de quotas de 30 600 tonnes de bœuf australien, dont 55 % sans droits de douane, le solde bénéficiant d’un droit réduit (7,5 %), avec une montée en charge progressive sur une dizaine d’années.
  • Ouverture graduelle du marché européen pour la viande ovine et caprine australienne (25.000 tonnes) issue d’animaux nourris à l’herbe
  • Obtention pour l’UE d’un accès sécurisé à des matières premières stratégiques australiennes (lithium, cobalt, manganèse, tungstène), nécessaires pour les batteries, les aimants permanents, les éoliennes et, plus largement, la transition bas carbone européenne. Quant à l’uranium, EDF s’approvisionne déjà en Australie.
  • Protection des appellations de 165 produits alimentaires européens et de 231 spiritueux. L’Australie pourra toutefois continuer à utiliser, sous certaines conditions, certaines dénominations de produits européens. (Ces indications géographiques sont des marqueurs forts du patrimoine agricole et alimentaire de l’UE et de la valeur ajoutée des exportations).

Focus sur l’Australie

  • Quotas significativement relevés sur le bœuf et l’agneau, avec un traitement préférentiel pour les viandes nourries à l’herbe, ce qui valorise le positionnement « premium » de l’élevage australien.
  • Suppression ou baisse de droits sur le vin, les produits de la mer et l’horticulture, qui sont des segments d’exportation clés pour Canberra
  • Réduction de la dépendance australienne à l’égard des marchés asiatique et chinois, ce qui constitue une assurance face à la montée du protectionnisme américain, dans un contexte d’éventuelles hausses de droits de douane.

 La réaction agricole australienne

  • La National Farmers’ Federation (NFF) regrette un accord sans «gains significatifs» en matière daccès au marché agricole de l’UE, jugé très en‑deçà des quotités obtenues par le Canada (CETA) ou les pays du Mercosur.
  • Meat & Livestock Australie dénonce quant à lui « le pire accord de libre‑échange jamais conclu pour la viande rouge », estimant que les quotas sont trop faibles au regard du potentiel de production et des standards sanitaires australiens.
  • Selon l’association laitière australienne, l’accord est jugé comme étant « ni libre, ni équitable ».

Focus sur l’UE :

L’UE exporte déjà environ deux fois plus vers l’Australie qu’elle n’en importe, avec un excédent agro‑alimentaire de l’ordre de 2,3 milliards d’euros en 2024 et un excédent total des échanges de biens proche de 27,9 milliards d’euros.

Selon la Commission européenne, cet accord permettrait :

  • la disparition de 150 millions d’euros de droits de douane payés par les exportateurs européens en Australie,
  • de réduire la dépendance à la Chine sur le lithium, les terres rares et d’autres métaux critiques, en cohérence avec la politique européenne de sécurisation des chaînes de valeur,
  • de renforcer la présence de l’UE dans l’Indopacifique, ce qui renforce la position de l’UE sur la scène mondiale.

Les inquiétudes / oppositions en Europe

  • Les principaux syndicats agricoles européens (Copa‑Cogeca (= lobby agricole européen), FNSEA, etc.) dénoncent des «concessions inacceptables» sur des filières sensibles (bœuf, ovins, sucre, riz), dans un contexte de coûts de production élevés, de pression réglementaire et de concurrence d’autres accords (Mercosur, Nouvelle‑Zélande).
  • L’effet cumulatif des accords de libre‑échange risquerait d’accélérer la fragilisation des agriculteurs européens, déjà impactés par la hausse des coûts de production, le contexte géopolitique actuel, l’inflation, etc.

La Commission européenne, laquelle comprend les préoccupations du secteur agricole européen, souligne que des garde‑fous (quotas, clauses de sauvegarde) sont inclus dans cet accord « afin d’agir rapidement dans le cas improbable de perturbations du marché » (Cristophe Hansen, commissaire à l’agriculture et l’alimentation).

La Commission s’appuie également sur les retombées positives pour l’agro‑alimentaire européen, déjà largement excédentaire.

Australie et relations avec l’UE :

 

Prochaines étapes :

L’accord nécessite encore la finalisation du texte juridique, la traduction dans toutes les langues officielles de l’UE, l'approbation du Parlement européen et la décision du Conseil relative à sa conclusion, pour entrer en vigueur.

L’Australie doit également, de son coté, ratifier l’accord.

Pour aller plus loin :

  • Accord commercial UE - Australie : distinguer le vrai du faux (25/03/26)

https://france.representation.ec.europa.eu/informations/accord-commercial-ue-australie-distinguer-le-vrai-du-faux-2026-03-25_fr

  • L'UE et l'Australie renforcent leurs relations avec leur accord commercial et leur partenariat en matière de sécurité et de défense (24/03/26)

https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_26_645

  • Après huit ans de négociations, l'Union européenne et l'Australie concluent un accord de libre-échange (24/03/26)

https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/apres-huit-ans-de-negociations-l-union-europeenne-et-l-australie-concluent-un-accord-de-libre-echange/

  • Accord UE-Australie : champagne à Bruxelles, colère chez les agriculteurs (24/03/26)

https://www.lesechos.fr/monde/europe/accord-de-libre-echange-avec-laustralie-minerais-critiques-et-viande-de-boeuf-le-pari-risque-de-leurope-2222549

https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-actualites/accord-ue-inde-quels-secteurs-francais-seront-les-plus-avantages

Un article rédigé par Cristelle ALBARIC  du département International